Mur-murs d'histoire #7 : les deux enceintes ouest
Nous voici à l’ouest du château où s’imbriquent les systèmes de fortification de trois époques distinctes du château : le rempart du XIIe s. en partie démantelé, la fortification tenaillée initiée vers 1620 mais restée inachevée et la fortification d’urgence, improvisée en 1621-1622 en prévision d’une attaque des troupes protestantes.
Sous leur apparence désordonnée, ces murs sont des témoins discrets de l’évolution architecturale du château : mélange hétéroclite de maçonneries et d’époques, authentique condensé de son histoire, ces murs-là ont bien des choses à nous révéler…
Le rempart ouest est l’un des parties les plus complexes du château car il est le témoin d’une des périodes les plus troublées de l’histoire de celui-ci.
Laissé à l’abandon alors qu’il est en pleine transformation, resté pratiquement intact depuis quatre siècles, il recèle des éléments précieux pour la compréhension de l’histoire et de l’évolution architecturale du château.
Une défense, deux enceintes, trois époques : une leçon d’histoire et d’architecture à ciel ouvert !
L'enceinte médiévale
C’est à la fin du XIIe siècle qu’est édifiée la grande enceinte du château, à l’initiative de Raimond VI de Toulouse, alors comte de Melgueil et de Montferrand. Elle s’appuie sur plusieurs maisons de chevalier préexistantes : la maison A du petit Montferrand (fin XIe s.) est surélevée pour l’occasion et intégrée au rempart : plusieurs pierres "saillantes" (harpage) de sa façade sud servent de point d’accroche de la nouvelle enceinte. Plus bas, la petite maison de chevalier B (début XIIe s.) est incorporée au mur d’enceinte.
Le rempart est surmonté d’un chemin de ronde et doté de hourds, notamment au-dessus de la porte principale du château, dite "de Mauguio". Au nord-ouest, une tour ronde est ajoutée au milieu du XIIIe s. en surplomb de la falaise pour faire face au château de la Roquette.
La fortification tenaillée
Il faut attendre le début du XVIIe siècle pour que soit lancé un ambitieux chantier de modernisation des défenses du château. Le retour à la paix, garanti par l’édit de Nantes (1598), semble de plus en plus compromis. Le château, qui n’a subi aucune transformation majeure depuis le XIIIe siècle, n’est plus adapté pour résister à l’artillerie. Après avoir converti le vieux Montferrand en caserne (1604), on se lance dans la construction d’un système défensif tenaillé à la place du rempart médiéval voué à disparaître.
A l’ouest du château, à la place de la vieille enceinte et d'une maison de chevalier, on commence à élever un nouveau mur de défense percé d’une porte. Celle-ci doit donner accès à une place d’armes qui nécessite d’importants travaux de terrassement. Pour aménager cet espace plat pratique pour les mouvements de troupe, on crée une paroi artificielle dans la roche sur laquelle va s’appuyer le mur de soutènement du boulevard destiné à isoler la citadelle d’est en ouest.
Le nouveau rempart est bâti à partir des blocs massifs en calcaire dur provenant de la place d’armes en cours de terrassement : puis, on ouvre une carrière à l’ouest du château. Les pierres sont appareillées de façon très soignée, avec des joints fins. Ce mur est le plus exposé car il commande le futur accès principal de la forteresse. Son épaisseur de 2,5 m surpasse largement celle du mur médiéval qui ne dépasse pas 1 m. Par précaution, l’ancien rempart est démonté au fur et à mesure de la construction du nouveau pour ne pas laisser le château sans protection.
Les deux maisons de chevalier A et B sont alors en cours de démantèlement.
La fortification d'urgence
En 1621, la ville de Montpellier se rebelle contre le roi de France et ferme brutalement ses portes. L’évêque et sa suite se réfugient au château. Les travaux de fortification sont stoppés net : le nouveau mur n’est pas achevé, l’ancien subsiste. On improvise alors une fortification d’urgence : la porte ouest, qui ne peut être efficacement défendue, est murée avant d’avoir été mise en service. Des parapets de fortune, dont il reste quelques vestiges, sont ajoutés en partie haute du rempart inachevé.
Au sud, l’enceinte est refermée par un mur bâti en moellons grossiers : reliant l’ancien et le nouveau rempart, celui-ci est doté de quatre fentes de tir pour les arquebusiers.
Le rempart médiéval reste encore trop exposé : le bâtiment des écuries, qui lui est accolé, est alors débarrassé de sa toiture, muré et remblayé pour être transformé en plateforme d’artillerie.
Ces adaptations d’urgence n’auraient certainement pas suffi à protéger le château en cas d’attaque organisée. Mais elles ont contribué à montrer la détermination de l’évêque-comte de Melgueil face aux troupes du duc de Rohan lors du siège du mois de mai 1622. Elles traduisent aussi la capacité d’improvisation des bâtisseurs de l’époque, contraints d’agir dans l’urgence avec des matériaux prélevés sur place et des techniques primitives.
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Dans la série Mur-murs
Mur-murs #1 : le bâtiment du tinal
Mur-murs #2 : le mur ouest du logis n°11
Mur-murs #3 : l'éperon du Vieux Montferrand
Mur-murs #4 : le mur sud de la poudrière
Mur-murs #5 : la porte de Mauguio
Mur-murs #6 : la ''maison de monseigneur''
Mur-murs #7 : les deux enceintes ouest










