Mur-murs d'histoire #5 : la porte de Mauguio

Nous voici face à la porte principale du château de Montferrand. Elle a été ouverte à la fin du XIIe siècle au moment de la construction de la grande enceinte, sur ordre de Raimond VI de Toulouse, le nouveau comte de Melgueil et de Montferrand. Surmontée à l’origine d’un hourd en bois, défendue par de longues archères, elle est curieusement accolée à un imposant ravelin dont la construction, démarrée vers 1620, s’est brutalement interrompue quelques mois plus tard…

Sous son apparence désordonnée, ce mur est un témoin discret de l’évolution architecturale du château : mélange hétéroclite de maçonneries et d’époques, authentique condensé de son histoire, ce mur-là a bien des choses à nous révéler…

La porte de Mauguio. Photo : Christophe Colrat
La porte de Mauguio. Photo : Christophe Colrat

La construction de la porte dite "de Mauguio" est contemporaine de celle de la grande enceinte, fruit des grands travaux de fortification du château de Montferrand initiés dès la fin du XIIe siècle.

Construite en calcaire dur, cette enceinte englobe le bâti préexistant, aujourd’hui en grande partie disparu, dans un espace clôt de près de 7 000 m2.

Localisation de la porte de Mauguio. D'après Thomas Robardet-Caffin
Localisation de la porte de Mauguio. D'après Thomas Robardet-Caffin
La porte de Mauguio. Photo : Christophe Colrat
La porte de Mauguio. Photo : Christophe Colrat
Découpe stratigraphique de la porte de Mauguio. D'après Thomas Robardet-Caffin
Découpe stratigraphique de la porte de Mauguio. D'après Thomas Robardet-Caffin

Une maçonnerie plus soignée que sur le reste de l'enceinte

Le mur encadrant la porte permet d’identifier trois types de maçonnerie qui correspondent non à des périodes distinctes mais à des modes de construction différents. En effet, ces appareils sont trop liés entre eux, sur le plan structurel et fonctionnel, pour ne pas être synchrones. L’enceinte représente un linéaire de mur important (180 m) qui a forcément connu des variations au cours de son édification, que ce soit pour l'extraction, la taille ou la pose des pierres. D’autre part, plusieurs équipes ont dû travailler en parallèle. Enfin, ces variations peuvent également révéler le transfert de la maîtrise d'ouvrage du comte de Toulouse vers l'évêque de Maguelone entre 1209, date de l’excommunication du premier, et 1215, date de l’inféodation du comté au second, alors que les travaux de fortification du château ne sont pas encore achevés.

Le mur dans lequel est percée la porte de Mauguio (unité 1-B) coupe l'enceinte (unité 1-A). Les raccords des maçonneries ne permettent pas d'établir de lien chronologique clair : en effet, à la base des maçonneries, l’unité 1-B couvre l’unité 1-A, mais le phénomène s'inverse dans la partie haute du mur.

Cette incohérence peut s’expliquer par des vitesses de construction différentes : dans un premier temps, le mur de la porte recouvre celui de l'enceinte déjà en place. Puis la porte est élevée plus rapidement que l'enceinte. Le couronnement du mur (unité 1-C) est réalisé dans un troisième temps : recouvrant les maçonneries de la porte, il est constitué de moellons bruts similaires à ceux de l’unité 1-A. Il semble que le parapet et les créneaux aient été réalisés en dernier sur toute la longueur de l’enceinte, après l’achèvement de celle-ci.

La maçonnerie de l’unité 1-B, caractérisée par un appareillage régulier de pierres équarries et des joints horizontaux, est plus soignée que celle des unités 1-A et 1-C : présente également du côté de l'arrivée du chemin, à l'ouest, elle semble répondre à un souci purement esthétique. Elle n’est pas prolongée vers l’est, sur la partie de l’enceinte peu exposée au regard, car jugée trop longue à réaliser : on se contente de moellons bruts de petite ou moyenne dimension avec des lits horizontaux comportant quelques irrégularités.

Des finitions en calcaire tendre

De part et d’autre de la porte, on observe la présence d'une chaîne en calcaire tendre. Cette pierre, plus facile à tailler, est privilégiée pour créer les différents angles formés par l’enceinte légèrement convexe. A gauche de la porte, une partie de l’angle a été tronquée pour permettre l’élévation du ravelin vers 1620.

L’archère protégeant la porte est, elle aussi, intégralement taillée dans du calcaire tendre : elle se distingue parfaitement du mur constitué de moellons en calcaire dur.

Un chemin de ronde et un hourd

A l’extérieur de la porte, l'ouverture est constituée d'un arc en plein cintre aujourd'hui disparu. L’intérieur est soutenu par un arc surbaissé en calcaire tendre toujours en place. Une porte en bois à deux battants ferme ce passage : le dispositif pour barrer la porte est encore observable.

Le mur de l’enceinte de 1,20 m d'épaisseur est parcouru par un étroit chemin de ronde. De plus, la porte est protégée par un hourd en encorbellement : quatre trous traversants, encore visibles à la base du parapet, supportent les poutres en porte-à-faux. Le piédroit (jambage) à gauche de la porte permet de passer du chemin de ronde dans le hourd.

Datation de la grande enceinte

La datation de la grande enceinte demeure incertaine. Les grandes archères en calcaire tendre ne semblent pas antérieures au milieu du XIIe siècle. L'alternance de longues archères dans le mur surmonté de hourds n'est pas sans rappeler les remparts d'Aigues-Mortes ou de Carcassonne, dans des proportions certes moins monumentales. Cependant, les longues sections de mur sont dépourvues de tours donc mal défendues, comme c’est le cas des enceintes passives des castra du XIIe siècle et de la première moitié du XIIIe siècle.

Il faut attendre le milieu du XIIIe siècle pour qu’apparaisse une nouvelle génération d'enceintes ponctuées de tours circulaires ouvertes à la gorge dans les châteaux perchés du Languedoc : Peyrepertuse, Puylaurens, Aguilar… Ce type de construction s’épanouira pleinement aux XIVe et XVe siècles comme à Ventadour (Ardèche) ou Calmont d'Olt (Aveyron).

Le ravelin du XVIIe siècle

Vers 1610, le projet de fortification tenaillée implique la mise en place d'ouvrages détachés protégeant la place d’armes en cours d’aménagement : c’est le cas du ravelin positionné à l’ouest de la porte de Mauguio, à l’emplacement de l’enceinte médiévale vouée à disparaître.

Fort heureusement, les maîtres d’œuvre ont la prudence de ne démolir le bâti ancien qu’au fur et à mesure de l’avancement des nouvelles constructions : c’est ce qui explique que la grande enceinte médiévale n’ait pas disparu lorsque le projet de fortification est brutalement suspendu vers 1621.

Les ouvriers se contenteront d’un colmatage grossier pour jointer les deux murs et refermer l’enceinte.

 

 

La porte de Mauguio et l'enceinte du XIIe s. surmontée d'un hourd. Reconstitution : Thomas Robardet-Caffin
La porte de Mauguio et l'enceinte du XIIe s. surmontée d'un hourd. Reconstitution : Thomas Robardet-Caffin
Le principe du hourd
Le principe du hourd. Croquis extrait de 'La cité de Carcassonne' (1888), par Eugène Viollet-le-Duc.
Porte de Mauguio
La porte de Mauguio (état 2018) : il manque les pierres de l'encadrement extérieur, retaillées par les bénévoles de l'association Pic Patrimoine et en attente de pose. Photo : Thomas Robardet-Caffin
La porte de Mauguio vue du dessus
La porte de Mauguio vue du dessus : intégration du ravelin vers 1610 dans l'enceinte du XIIe s.. D'après Thomas Robardet-Caffin
Jonction entre la porte et le ravelin
A gauche du mur de la porte, on distingue les pierres de calcaire tendre marquant l'angle formé à l'origine par l'enceinte, avant la construction du ravelin, et, entre celles-ci et le ravelin, un 'bourrage' d'urgence (1622) pour refermer le mur. Photo : Christophe Colrat

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