Le bas-relief de la prison
Une pierre gravée en forme de bas-relief, trouvée dans les caves du château, dévoile une page sombre de l’histoire de Montferrand : c’est un témoignage émouvant laissé par un prisonnier lettré et pieux qui occupe son temps à graver sur une pierre de son cachot des scènes bibliques, dont certaines sont des allégories de son propre destin.
Plus qu’un passe-temps, c’est l’histoire d’un pécheur et de sa rédemption, d'un homme qui a fait fausse route et qui grave dans la pierre son désir d'accéder au salut.
On connaît peu de choses sur l’auteur de cette sculpture, si ce n’est qu’il se nomme Pierre Bouet et qu’il est parent avec les trois notaires de l’évêque Guillaume Pellicier I dit "l’Ancien" (1499-1527). Mais on ne sait rien du motif de son incarcération en 1515 dans les prisons de Montferrand où il restera enfermé pendant une dizaine d’années.
Entre histoire personnelle et allégorie
Le bas-relief, sculpté tout au long de cette période, présente une série de sept cartouches dont on peut lire partiellement les inscriptions et les sculptures.
La transcription de la pierre, très altérée, a été faite au début du XXe siècle par l'abbé Clément Guichard et présentée dans l’article de Paul de Grully, "Le Pic Saint-Loup et Montferrand", publié dans le Bulletin n° 10 de l'Automobile-club de L'Hérault et de L'Aveyron (1931, p. 29-33).
Rarement exposé, ce bas-relief fait partie de la collection de la Société d'archéologie de Montpellier : il a été présenté au public dans le cadre de l’exposition Montferrand, d’une forteresse à une utopie architecturale organisée à la Maison des Consuls - Musée d’arts et d’archéologie des Matelles en 2017.
Interprétation des cartouches
- Cartouche 1 – Le prisonnier nous indique son nom et la date de son emprisonnement
- Cartouche 2 – Il raconte son arrivée à la prison, représenté sous les traits de Daniel s’apprêtant à entrer dans la fosse aux lions (1517)
- Cartouche 3 – Il montre qu’à l’instar de Saint Laurent, il est sur le gril (1519)
- Cartouche 4 – Le prisonnier est béni par l’évêque, vraisemblablement Guillaume Pellicier I
- Cartouche 5 – Il se représente au tombeau du Christ
- Cartouche 6 – Le prisonnier fait un v½u à Notre-Dame des Tables
- Cartouche 7 – Saint Christophe est figuré avec tous ses attributs consacrés par l’iconographie. Le patron des voyageurs, dont le nom signifie "celui qui porte le Christ", est représenté dans l’eau, jambes nues, vêtements retroussés : il tient sur ses épaules un enfant au bras droit replié sur sa tête et au bras gauche soutenant un globe surmonté d’une croix. La main du passeur tient le bâton fleuri qui, selon la légende, est sa récompense pour avoir aidé le Christ à traverser la rivière.
La référence à ce saint très vénéré de la tradition chrétienne est claire : né sous le nom de Reprobus, c'est-à-dire le Réprouvé (le "coquin"), il décide de vouer sa vie au seigneur le plus puissant du monde. Après avoir servi plusieurs chefs redoutés, et peut-être le diable lui-même, il finit par se mettre en quête du Christ, qui les surpasse tous.
Au-delà de la légende, Saint Christophe invite le prisonnier à méditer sur son existence : son destin illustre la force de la foi, qui transforme une vie ordinaire en une mission extraordinaire. En acceptant de servir, le pécheur parvient à trouver sa véritable grandeur.



