Mur-murs d'histoire #6 : la "maison de monseigneur"
Cette portion du mur sud du Vieux Montferrand regroupe 2 parties distinctes mais dont la construction, synchrone, est intimement liée : le bâtiment des prisons et de la chambre de l’évêque à l’ouest (zone 2) et la tour ronde à l’est (zone 4).
La chronologie de construction de cette maison et la façon dont elle se raccorde aux bâtiments adjacents sont révélatrices de l’occupation discontinue du Vieux Montferrand. Celui-ci n’a pas été construit d’un seul tenant, dans une logique d’extension d’ouest en est : il résulte de la combinaison a posteriori de plusieurs logis autonomes.
Sous son apparence désordonnée, ce mur est un témoin discret de l’évolution architecturale du château : mélange hétéroclite de maçonneries et d’époques, authentique condensé de son histoire, ce mur-là a bien des choses à nous révéler…
Cette "maison de monseigneur", telle qu’elle est décrite dans certains documents, inscrit ses 3 niveaux dans les 3 grandes périodes de transformation du château : début XIIe, fin XIIe et début XVIIe siècle. Tout au long de leur histoire, les zones 2 et 4, aux fonctions différentes, évoluent de façon synchrone. Elles présentent un "appareil" continu sur l’ensemble du mur : aucun élément, autre que le changement de forme du mur, ne permet de les distinguer.
Pourtant, l’implantation de ce bâtiment dans la grande façade sud du Vieux Montferrand présente plusieurs zones d’ombre, au point de brouiller la compréhension de son architecture.
Unité 1 : l'extension vers l'ouest d'un premier habitat seigneurial ?
L’élément le plus ancien de cette partie du Vieux Montferrand est le bâtiment du tinal (zone 3) : datant du XVIIe s. dans sa configuration actuelle, il repose sur des bases bien plus anciennes qui pourraient être celles d’une tour seigneuriale construite au début du XIIe siècle.
Plus récente, l’unité 1 de la zone 2 semble correspondre à l’extension vers l’ouest de cette première tour pour former un vaste habitat seigneurial : à l’origine, elle délimite une salle d’un seul tenant couverte d’une voûte d’arête (futures prisons).
Cette portion du mur est construite dans un calcaire gris issu du socle rocheux du château. Les moellons, de taille moyenne, sont ébauchés et disposés sur des lits présentant de nombreuses irrégularités : l'appareil, à joint "gras", est inégal. Au bas du mur, 10 boulins, ayant servi à porter les échafaudages, sont disposés en quinconce par séries de 2 ou 3 le long de 4 lignes horizontales.
Chose étonnante : à l’est du mur, ce qu’on pourrait identifier comme les bases d’une tour n’est en fait qu’une excroissance (pleine) du mur qui s’incurve pour prendre appui sur le rocher.
A cette époque, le zone 1 à l’ouest semble inoccupée.
Unité 2 : la surélévation de la fin du XIIe siècle
A la fin du XIIe siècle, lorsque le castrum est unifié sous l’autorité du comte de Toulouse, les caves et la grande salle au-dessus sont construites à l’ouest de cet ensemble (zone 1) : pour ces deux niveaux, on utilise de belles pierres de grès, régulières et assemblées de façon extrêmement soignée. Ces pierres, extraites dans une carrière située au bas de la vallée, sont symptomatiques des grands travaux engagés par le nouveau comte de Melgueil à partir de 1176.
Les bâtisseurs profitent de l’aménagement de ces deux niveaux pour prolonger la façade vers l’est en surélevant la zone 2 : l’opération permet d’aménagement la salle voûtée "du marin", future "chambre de l’évêque". Toutefois, le mur ne bénéficie pas du même traitement que son pendant de la zone 1. Il n’est pas en grès mais élevé dans le même calcaire que le niveau inférieur, de façon plus soignée : les lits horizontaux des pierres sont plus réguliers, les moellons mieux calibrés. On peut s’étonner que les bâtisseurs n’aient pas uniformisé les murs synchrones de ces deux bâtiments accolés : à la jonction des bâtiments, on constate que le grès de la zone 1 interfère en profondeur sur la zone 2. De plus, la voûte de la salle "du marin", adossée au mur, est bâtie avec la même pierre et les mêmes techniques que les voûtes du premier niveau de la zone 1. Est-ce par souci d’économie ?
A l’angle est de la chambre du marin, l’excroissance arrondie du mur devient la base d’une tourelle d’escalier qui dessert le chemin de ronde au-dessus de l’ancienne tour seigneuriale (zone 3). La tour est surélevée pour dépasser du reste du bâtiment. Inexplicablement, cette surélévation est réalisée majoritairement avec le même grès que la zone 1. Les dimensions des pierres et leur assemblage sont identiques.
C’est également à cette époque que la salle avec voûte d’arête de l’unité 1 est compartimentée pour former les deux premières cellules de prison appelées non sans ironie la Diablesse et la Comtesse.
Unité 3 : les aménagements du XVIIe siècle
Chemin de ronde
A l’occasion des travaux de casernement du château (mentionnés dans un devis de 1605), l’ensemble de la façade est surélevé d’un niveau, ce qui permet d’aménager un chemin de ronde couvert. Ce couloir est éclairé par 2 fenêtres dont celle de l’ouest est encadrée par deux fentes de tir pour mousquets.
La tour ronde est elle aussi surélevée, dépassant encore un fois la hauteur de la maison : elle est agrémentée d’une horloge pour rythmer la vie de la garnison, ce qui lui vaut son surnom. L’escalier intérieur, devenu inutile après la surélévation de la zone 3 et la relocalisation du chemin de ronde, a disparu : il n’est pas mentionné dans l’inventaire de 1677.
Conduite d’eau
Sur la façade, au point de jonction entre les zones 1 et 2, est ajoutée une conduite d’eau.
Il s’agit d’une gaine carrée maçonnée de 1,20 m de côté protégeant une canalisation en terre cuite d’une section circulaire d'environ 10 cm. Le point d'arrivée de la canalisation et sa fonction demeurent inconnus à ce jour. S’agit-il d’un conduit d’évacuation pour d’éventuelles latrines installées près de la chambre de l’évêque ?
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Dans la série Mur-murs
Mur-murs #1 : le bâtiment du tinal
Mur-murs #2 : le mur ouest du logis n°11
Mur-murs #3 : l'éperon du Vieux Montferrand
Mur-murs #4 : le mur sud de la poudrière
Mur-murs #5 : la porte de Mauguio
Mur-murs #6 : la ''maison de monseigneur''











