Mur-murs d'histoire #3 : l'éperon du Vieux Montferrand
Nous voici face à l'éperon de l'enceinte du Vieux Montferrand qui fait partie de la fortification la plus ancienne du château. Cet angle saillant n'est pas qu'un élément de fortification ou un ornement : c'est un véritable marqueur du pouvoir comtal, construit à une époque où le système de défense des castra se résume souvent à quelques maisons de pierre entourées d'un fossé. Ici, stabilité rime avec visibilité, élévation avec domination, performance avec élégance.
Sous son apparence désordonnée, ce mur est un témoin discret de l'évolution architecturale du château : mélange hétéroclite de maçonneries et d'époques, authentique condensé de son histoire, ce mur-là a bien des choses à nous révéler...
La partie haute du Vieux Montferrand abrite la fortification en pierre la plus ancienne du site. Celle-ci est visible à la base des faces sud et ouest de la zone 7 (unité 1). Toutes les portions de ce mur sont synchrones : les maçonneries, identiques, sont structurellement liées. Seule leur fonction dans le mur diffère.
L'éperon
En partie centrale, un éperon contrevente la base du mur d'enceinte, qui est courbe et particulièrement long à cet endroit. Mais cette fonction structurelle de stabilisation se double d’une fonction ostentatoire : cet élément de fortification confère au mur un élégant relief d'étrave. On constate d’ailleurs qu’à l’origine, l’éperon était plus haut que le sommet du crénelage, ce qui renforçait encore sa visibilité.
Les murs de l’unité 1 sont en calcaire dur (hormis quatre pierres de taille en grès insérées dans l'éperon). On a utilisé des moellons équarris de taille moyenne, à la tête travaillée et dressée. Les lits de pose sont horizontaux et parallèles. Cet appareillage soigné coïncide avec celui des bases des deux maisons de chevaliers en contrebas (zones 11 et 14) : toutes ces structures sont donc contemporaines et datent de la fin du XIe siècle ou à la première moitié du XIIe siècle.
Autres éléments observables
Deux archères ainsi que trois trous de boulin, alignés à la base de celles-ci, sont conservés en partie haute de l'unité 1. Ils témoignent de la présence d'un chemin de ronde sommital, en bois ou agrémenté de hourds (charpentes en encorbellement au sommet d'une tour ou d'une muraille), aménagé avant les surélévations du mur. Les archères ont été murées, probablement à l’occasion des travaux de surélévation.
Au sommet de l’unité 1, à droite de l’éperon, deux merlons sont reconnaissables aux "coups de sabre" apparents dans la maçonnerie : ils ont été intégrés dans les surélévations successives. L’ensemble est plus irrégulier (unité 2) car les bâtisseurs ont utilisé des moellons « ébauchés » (taillés grossièrement).
Au pied de l’unité 1, on repère une ouverture d’une dimension de 50 cm de haut par 40 cm de large. Ce percement correspond à une évacuation maçonnée tournée vers l'extérieur : il témoigne de la présence de bâtiments adossés à l’origine contre le mur d'enceinte, avant son terrassement intérieur.
Dans l’unité 2, des dalles sont bloquées dans le mur. Très réduite aujourd’hui, cette entité architecturale se prolongeait sur les parties effondrées du mur, comme en témoigne les photographies anciennes. Elle semble correspondre à l'appui d'une toiture d'une galerie en bois maintenue après la surélévation. Cette hypothèse confirmerait la présence de bâtiments derrière ce mur avant les restructurations effectuées du XVII siècle.
Le XVIIe siècle a laissé peu de traces sur cette partie de l'enceinte, hormis la pose d'un glacis en partie basse : ce talus en pente, érigé en pierre à la base extérieure de la muraille, présente un triple intérêt : renforcer la stabilité de celle-ci, empêcher tout travail de sape du mur et permettre aux projectiles lancés du haut des remparts de rebondir et d’atteindre les assaillants.
Il se distingue surtout par le démantèlement du donjon et d'une partie de l'enceinte à l'ouest.
Le mur, marqueur du pouvoir comtal
Les fortifications particulièrement soignées de cette enceinte du début du XIIe siècle témoignent de la fonction comtale du château. Au XIIe siècle, le système de défense des castra se résume généralement à un fossé et aux murs périphériques des maisons.
Ici, le château est fermé par une enceinte bâtie en pierres taillées assemblées à la chaux et couronnée d'un chemin de ronde crénelé. Le mur est ponctué d'archères et probablement couronné par des hourds : il est flanqué par deux tours et un puissant éperon.
En comparaison des castra de la même période, bâtis par l'aristocratie locale, ces dispositifs défensifs témoignent de moyens importants alloués à leur mise en œuvre. Dès sa construction, le château de Montferrand est pensé comme un nouveau lieu central pour l'exercice du pouvoir comtal.
Dans la série Mur-murs
Mur-murs d'histoire #1 : l'angle sud-est du Vieux Montferrand
Mur-murs d'histoire #2 : le mur ouest du logis n°11
Mur-murs d'histoire #3 : l'éperon du Vieux Montferrand









