Mur-murs d'histoire #1 : l'angle sud-est du Vieux Montferrand

Voici l’angle sud-est du Vieux Montferrand : avez-vous repéré les 3 niveaux de crénelage qui se superposent ? Et pourquoi deux pans de mur construits à la même époque semblent-t-ils appartenir à de deux siècles différents ?

Sous son apparence désordonnée, ce mur est un témoin discret de l’évolution architecturale du château : un mélange hétéroclite de maçonneries et d’époques, de savoir-faire et d’improvisation, où les superpositions et les réemplois brouillent les pistes…

Ce mur-là a bien des choses à nous révéler…

Angle sud-est du Vieux Montferrand. Photo : Thomas Robardet-Caffin
Angle sud-est du Vieux Montferrand. Photo : Thomas Robardet-Caffin

Tentons de "lire" les murs pour décrypter les évolutions architecturales du château où les trois grandes périodes de construction s'enchevêtrent et se confondent...

Vue sud du mur du tinal
Vue sud du mur du tinal. Photo : Thomas Robardet-Caffin
Découpe stratigraphique du mur sud du bâtiment du tinal
Découpe stratigraphique du mur sud du tinal. D'après Thomas Robardet-Caffin

Unités 1 et 2

L’unité 1 est la plus ancienne. A son sommet, 3 merlons délimitent un premier crénelage : ils mesurent environ 60 cm de large par 80 cm de haut et sont espacés d'environ 90 cm.

Ce couronnement est rehaussé par un deuxième crénelage (unité 2). Les phases successives 1 et 2 attestent de travaux menés vers la seconde moitié du XIIe siècle : l’appareil en moellons irréguliers contraste avec les structures bien appareillées du premier castrum (fin XIe - début XIIe siècle), telles que les maisons de chevalier. Pour camoufler l’irrégularité du bâti, on a enduit l’ensemble du mur à la chaux. Ce pan de mur peut donc être daté de la 2e moitié du XIIe siècle.

Unité 3

Au début du XIIIe siècle, un troisième crénelage (unité 3) est construit. Les merlons sont plus massifs (1,50 m de large pour 1,20 m de haut) : contrairement au précédent, simple surélévation de 1 m par rapport au premier, celui-ci est conçu pour assurer une meilleure protection. Cette unité équivaut à la campagne de fortification du château engagée par le comte de Toulouse dans une période troublée : le château n’est plus seulement ostentatoire, il doit être défensif.

Ces 3 unités sont construites avec des moellons de calcaire dur extraits sur place. Les chemins de ronde correspondant à chaque niveau de crénelage sont visibles du côté intérieur du mur.

Unité 4-1

L’unité 4-1 est bien différente : elle se distingue du reste de la construction par sa constitution et par le travail soigné des pierres, majoritairement en grès. Celles-ci sont de taille moyenne, voire massive, parfaitement taillées et alignées sur un plan horizontal. Or cette zone n’est pas contemporaine de l’unité 1 qu’elle prolonge : elle date du XVIIe siècle, lorsque l’on agrandit le château à l’est, en détruisant une salle médiévale pour créer une nouvelle cave voûtée supportant le tinal.

Pour autant, les pierres ne correspondent pas au mode de construction du XVIIe s. Il s’agit d’un réemploi de pierres en grès taillées au XIIIe siècle : elles pourraient provenir de bâtiments alors en cours de démolition et présentant les mêmes caractéristiques : mur sud de la barbacane partiellement démonté...

Ainsi, les bâtisseurs du XVIIe siècle ont privilégié l’utilisation de pierres de taille pour construire une base robuste : ils ont pris soin de consolider et d’étendre l'angle sud-est du château pour lui donner un angle aigu, conforme aux principes de la fortification tenaillée d’alors.

Unité 4-2

Au-dessus, l’unité 4-2 présente un appareil très irrégulier, constitués de moellons à peine dégrossis, non de grès mais de calcaire gris dur.

Malgré ces différences, les unités 4-1 et 4-2 datent de la même époque. Comment expliquer ce changement de matériau dans la construction d’un même mur ? Apparemment, les bâtisseurs ont été contraints par la quantité disponible de matériaux de réemploi. Une fois le stock écoulé, ils ont remployé de simples moellons pour installer, en partie haute, le chemin de ronde et l’échauguette, dont la construction est prévue dans un prix-fait (devis) de 1605.

Vue est du bâtiment du tinal
Vue est de l'angle du bâtiment du tinal : ici aussi, on retrouve les deux unités 4-1 et 4-2, en continuité avec la partie sud de l'angle. Photo : Christophe Colrat
Angle sud-est du Vieux Montferrand
Angle sud-est du Vieux Montferrand (vu de dessus) : on reconnait l'angle aigu du bâtiment, en forme de bastion, créé au XVIIe s. pour améliorer le flanquement de cette partie de la forteresse. Photo : Christophe Colrat

Dans la série

Mur-murs1 inactif

Mur-murs d'histoire #1 : l'angle sud-est du Vieux Montferrand

Le mur ouest du logis n°11 vu depuis l'intérieur. Photo : Christophe Colrat

Mur-murs d'histoire #2 : le mur ouest du logis n°11

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