Mur-murs d'histoire #4 : le mur sud de la poudrière
Nous voici face au mur sud de la poudrière du Vieux Montferrand (zone 6) : appuyé à l’ouest sur le rempart historique du château (XIe s.) et à l’est sur la façade du bâtiment principal (XIIIe s.), ce pan de mur est pourtant plus récent que ces voisins. Fruit des travaux de casernement engagés au début du XVIIe siècle, il ferme au sud un nouveau bâtiment accueillant le magasin à munitions. Mais il préfigure aussi une nouvelle configuration du château haut, lorsque l’on entreprend de démanteler l’enceinte médiévale pour créer une fortification tenaillée.
Sous son apparence désordonnée, ce mur est un témoin discret de l'évolution architecturale du château : mélange hétéroclite de maçonneries et d'époques, authentique condensé de son histoire, ce mur-là a bien des choses à nous révéler...
A partir de 1604, la décision est prise de transformer la vieille forteresse médiévale en une caserne capable d’accueillir une soixantaine de soldats. On creuse alors dans le rocher un second accès vers le vieux Montferrand à l'ouest de la barbacane (zone 8).
Ce chemin tardif facilite la communication entre le petit Montferrand, résidence du châtelain, et le haut du château où loge la garnison : auparavant, il fallait faire un détour à l’est de la barbacane.
La roche porte de nombreuses traces de "chante-perce" (sorte de barre à mine pour perforer la roche à la masse) : les terrassiers ont profité d'une faille naturelle pour ouvrir ce passage. Au pied du raccourci, les traces d'un seuil trahissent la présence d'une porte barrant l’entrée.
La création de ce passage a engendré la démolition du mur d'enceinte du XIIe siècle qui bordait la barbacane à l’entrée du vieux Montferrand. C’est pour colmater la brèche occasionnée par cette destruction qu’un nouveau mur est construit dans le prolongement de l'enceinte primitive à l’ouest (zone 7). A l’est, ce mur est simplement accolé au bâtiment du XIIIe siècle (zone 1) : c’est la raison pour laquelle l’effondrement de ce dernier au XIXe siècle ne l'a pas entraîné dans sa chute.
Le mur est constitué majoritairement de moellons de tailles variables (petits et moyens) mais aussi d’inclusions de grès et de tuiles cassées : ces matériaux semblent provenir d’une toiture démolie, peut-être celle d’une des structures médiévales préexistantes et supprimées pour créer le passage dans le rocher.
Contrairement à ses voisins, le mur présente un appareil irrégulier, proche de celui de la surélévation du petit Montferrand en 1604. Il est encore crénelé en 1980 comme en témoignent les photographies de l’époque. Seul un merlon est encore en place aujourd’hui : il mesure 0,90 m de large pour 1 m de haut.
Cette campagne de terrassement préfigure un chantier en plus colossal entamé quelques années plus tard : celui de l'enceinte bastionnée.
Dans la série Mur-murs
Mur-murs #1 : l'angle sud-est du Vieux Montferrand
Mur-murs #2 : le mur ouest du logis n°11
Mur-murs #3 : l'éperon du Vieux Montferrand
Mur-murs #4 : le mur sud de la poudrière










