Mur-murs d'histoire #4 : le mur sud de la poudrière

Nous voici face au mur sud de la poudrière du Vieux Montferrand (zone 6) : appuyé à l’ouest sur le rempart historique du château (XIe s.) et à l’est sur la façade du bâtiment principal (XIIIe s.), ce pan de mur est pourtant plus récent que ces voisins. Fruit des travaux de casernement engagés au début du XVIIe siècle, il ferme au sud un nouveau bâtiment accueillant le magasin à munitions. Mais il préfigure aussi une nouvelle configuration du château haut, lorsque l’on entreprend de démanteler l’enceinte médiévale pour créer une fortification tenaillée.

Sous son apparence désordonnée, ce mur est un témoin discret de l'évolution architecturale du château : mélange hétéroclite de maçonneries et d'époques, authentique condensé de son histoire, ce mur-là a bien des choses à nous révéler...

A partir de 1604, la décision est prise de transformer la vieille forteresse médiévale en une caserne capable d’accueillir une soixantaine de soldats. On creuse alors dans le rocher un second accès vers le vieux Montferrand à l'ouest de la barbacane (zone 8). 

Localisation du mur sud de la poudrière. D'après Thomas Robardet-Caffin
Localisation du mur sud de la poudrière. D'après Thomas Robardet-Caffin
Le mur sud de la poudrière. Photo : Christophe Colrat
Le mur sud de la poudrière. Photo : Christophe Colrat
Découpe stratigraphique du mur sud de la poudrière. D'après Thomas Robardet-Caffin
Découpe stratigraphique du mur sud de la poudrière. D'après Thomas Robardet-Caffin

Ce chemin tardif facilite la communication entre le petit Montferrand, résidence du châtelain, et le haut du château où loge la garnison : auparavant, il fallait faire un détour à l’est de la barbacane.

La roche porte de nombreuses traces de "chante-perce" (sorte de barre à mine pour perforer la roche à la masse) : les terrassiers ont profité d'une faille naturelle pour ouvrir ce passage. Au pied du raccourci, les traces d'un seuil trahissent la présence d'une porte barrant l’entrée.

La création de ce passage a engendré la démolition du mur d'enceinte du XIIe siècle qui bordait la barbacane à l’entrée du vieux Montferrand. C’est pour colmater la brèche occasionnée par cette destruction qu’un nouveau mur est construit dans le prolongement de l'enceinte primitive à l’ouest (zone 7). A l’est, ce mur est simplement accolé au bâtiment du XIIIe siècle (zone 1) : c’est la raison pour laquelle l’effondrement de ce dernier au XIXe siècle ne l'a pas entraîné dans sa chute.

Le mur est constitué majoritairement de moellons de tailles variables (petits et moyens) mais aussi d’inclusions de grès et de tuiles cassées : ces matériaux semblent provenir d’une toiture démolie, peut-être celle d’une des structures médiévales préexistantes et supprimées pour créer le passage dans le rocher.

Contrairement à ses voisins, le mur présente un appareil irrégulier, proche de celui de la surélévation du petit Montferrand en 1604. Il est encore crénelé en 1980 comme en témoignent les photographies de l’époque. Seul un merlon est encore en place aujourd’hui : il mesure 0,90 m de large pour 1 m de haut. 

Cette campagne de terrassement préfigure un chantier en plus colossal entamé quelques années plus tard : celui de l'enceinte bastionnée.

 

Évolution du mur sud de la poudrière entre le XIIIe et le XVIIe s.. Le creusement du raccourci (en vert), entraînant la disparition d'une partie du mur d'enceinte, a remodelé la physionomie du château. D'après Thomas Robardet-Caffin
Évolution du mur sud de la poudrière entre le XIIIe et le XVIIe s.. Le creusement du raccourci (en vert), entraînant la disparition d'une partie du mur d'enceinte, a remodelé la physionomie du château. D'après Thomas Robardet-Caffin
Au pied du mur sud, l'entaille dans le rocher signale le raccourci creusé au XVIIe s. A droite, la plateforme délimitant la barbacane. Photo : Christophe Colrat
Au pied du mur sud, l'entaille dans le rocher signale le raccourci creusé au XVIIe s. A droite, la plateforme délimitant la barbacane. Photo : Christophe Colrat
Le mur sud de 1604 (à droite) et sa jonction avec le mur de l'éperon du XIIe s. (à gauche) : on note la différence d'appareillage entre les deux constructions. Photo : Christophe Colrat
Le mur sud de 1604 (à droite) et sa jonction avec le mur de l'éperon du XIIe s. (à gauche) : on note la différence d'appareillage entre les deux constructions. Photo : Christophe Colrat
Le raccourci du XVIIe s. vu depuis le haut du rempart : au XVIIe s., la base du mur est revêtue d'un glacis en pierre pour stabiliser l'édifice et empêcher tout travail de sape par des assiégeants. Photo : Christophe Colrat
Le raccourci du XVIIe s. vu depuis le haut du rempart : au XVIIe s., la base du mur est revêtue d'un glacis en pierre pour stabiliser l'édifice et empêcher tout travail de sape par des assiégeants. Photo : Christophe Colrat
Dans les années 90, la partie supérieure ouest du mur (en rouge), surmontée d'un créneau intact, est encore en place. Photo : Damien Baderou
Dans les années 90, la partie supérieure ouest du mur (en rouge), surmontée d'un créneau intact, est encore en place. Photo : Damien Baderou
Années 50 : à l'ouest, le créneau encore en place dans les années 90 (en rouge). A l'est, un troisième créneau disparu entre-temps (en vert). Photo : anonyme
Années 50 : à l'ouest, le créneau encore en place dans les années 90 (en rouge). A l'est, un troisième créneau disparu entre-temps (en vert). Photo : anonyme

Dans la série Mur-murs

Mur de l'angle sud-est du Vieux Montferrand

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