Mur-murs d'histoire #2 : le mur ouest du logis n°11

Nous voici devant la maison de chevalier n°11 attenante au Petit Montferrand. Savez-vous que ce mur est l’un des plus anciens du château ? Qu’il nous révèle la structure de sa charpente disparue ? Qu’une innocente poutre, coincée entre ses pierres, a révélé son âge au carbone 14 ? Et que, paradoxalement, c’est grâce à une guerre qu’il n’a pas été démoli ?

Sous son apparence désordonnée, ce mur est un témoin discret de l’évolution architecturale du château : mélange hétéroclite de maçonneries et d’époques, authentique condensé de son histoire, ce mur-là a bien des choses à nous révéler…

Le mur ouest du logis n°11 vu depuis l'intérieur. Photo : Christophe Colrat
Le mur ouest du logis n°11 vu depuis l'intérieur. Photo : Christophe Colrat

Datant de la fin du XIe s., cette maison de chevalier est de forme rectangulaire, organisé sur deux niveaux et recouvert d’une toiture à deux pentes appuyées sur les murs pignons transversaux.

Vue intérieure du mur ouest du logis n°11. Photo : Christophe Colrat
Vue intérieure du mur ouest du logis n°11. Photo : Christophe Colrat
Découpe stratigraphique du mur ouest du logis n°11 (maison de chevalier). D'après Thomas Robardet-Caffin

Le logis d’origine

Le premier niveau est une cave semi-enterrée creusée en partie dans le rocher. Ici, la cave est couverte par un plancher intermédiaire en bois qui repose sur les ressauts formés par le retrait des murs. Le stockage est la seule fonction attribuable à cet espace dépourvu d'éclairage naturel. Pas de trace d’escalier : on y accède par une trappe ou une trémie.

Le second niveau, composé d'une vaste salle de 56 m2, correspond à l’habitat. Outre la porte, cette pièce est éclairée par une étonnante baie en plein cintre de 1 m de large tournée vers le sud.

Le mur est construit selon 3 appareils différents : 

  • La base du mur (unité 1), au niveau de la cave, est caractérisée par un appareillage grossier : toutefois, seul le parement intérieur est moins soigné, l’extérieur est identique à celui du dessus.
  • Au-dessus (unité 2), l'appareil est remarquable par le soin apporté tant à la taille des pierres qu'à leur pose : il s’agit de pierres en calcaire dur, d’une douzaine de centimètres de hauteur, avec des assises régulières. Pas de doute : nous sommes dans une salle d’apparat.
  • En haut du mur (unité 3), un appareil plus massif sur 3 rangées forme « l’égout » (bas de la pente du toit) de la maison.

La naissance du toit primitif est confirmée par la base des deux arcs diaphragmes, en pierre de taille, supportant les pannes de la toiture. Ce type d’arc est le seul observé dans le château : typique des régions caussenardes, il permet d'éviter la fabrication de fermes (structure triangulée en bois supportant la charpente) lorsque la pierre est plus abondante que le bois de grande longueur . A la base de l’arc de gauche, on distingue encore les 3 premières pierres (claveaux) de la voûte.

Deux niches sont aménagées dans le mur : celle de gauche est couverte par deux poutres en bois disposées dans la profondeur du mur, celle de droite, couverte d’un linteau en pierre, a été murée lors de la construction du mur de refend rendue nécessaire par la surélévation du logis au XIIIe siècle.

La datation au carbone 14

Le linteau en bois encore présent dans la niche de gauche a rendu possible une datation au carbone 14 du bâtiment primitif. Croisée avec les études stratigraphiques et documentaires du site, l’analyse a permis d’estimer la construction de ce logis entre 1070 et 1130.

L'appareil de pierre caractéristique de cette période se retrouve dans les zones les plus anciennes du château (réduit du Vieux Montferrand en zone 7, maisons de chevaliers 11 et 14) mais aussi dans les structures d'églises locales comme l'église Saint-Martin à Saint-Martin-de-Londres, construite par les moines de Gellone, et l'église abbatiale Saint-Sauveur de Gellone elle-même.

La surélévation du XIIIe siècle

Au XIIIe siècle, la maison est surélevée de 2 niveaux de mêmes dimensions que le niveau inférieur (unité 4-1).

Ces travaux participent d’une consolidation défensive du front ouest, puisque ce mur est intégré à l’enceinte du château. De cette surélévation ne subsistent que quelques traces : vestiges de fenêtres, encorbellement marquant l’emplacement d’un plancher en bois (appui pour solives)…

Pour réduire la portée trop grande occasionnée par l’extension, on a construit un mur de refend (mur intérieur) sur toute la hauteur de l’édifice (unité 4-2).

Une maison en ruines dès le XVIIe siècle

On peut supposer que le mur actuel est à peu près dans le même état qu’au XVIIe siècle : à l’époque en effet, la bâtisse est en cours de démolition pour dégager la vue sur la plaine à l’ouest, dans le cadre du grand projet de casernement du château.

Le siège du château de 1622 va stopper net les travaux : pour une fois, le conflit, loin d’engendrer des ruines, aura permis d’en sauver une de la destruction !

 

 A gauche, le mur de refend, construit pour renforcer l'édifice au moment de sa surélévation, s'appuie sur le mur ouest. Photo : Christophe Colrat
A gauche, le mur de refend, construit pour renforcer l'édifice au moment de sa surélévation, s'appuie sur le mur ouest. Photo : Christophe Colrat
Angle sud-ouest du logis : au dessus de la baie en plein cintre, on repère la trace du toit à deux pentes du logis avant surélévation. En bas, la différence de largeur de pierre délimite le sol d'origine du premier niveau. Photo : Christophe Colrat
Coupe transversale du logis n°11 au XIIe s. vu depuis l'est : la toiture à deux pentes est soutenue par deux arcs diaphragmes en pierre de taille. Croquis : Thomas Robardet-Caffin
Coupe transversale du logis n°11 au XIIe s. vu depuis l'est : la toiture à deux pentes est soutenue par deux arcs diaphragmes en pierre de taille. Croquis : Thomas Robardet-Caffin
La niche sud avec ses linteaux en bois qui ont permis une datation au carbone 14. A droite, la base d'un arc diaphragme qui a conservé ses trois premiers claveaux. Photo : Christophe Colrat
La niche sud avec ses linteaux en bois qui ont permis une datation au carbone 14. A droite, l'arc diaphragme a conservé ses trois premiers claveaux. Photo : Christophe Colrat
Vue extérieure du mur ouest : sur les 2 premiers niveaux, le parement est homogène sur toute la hauteur. L'appareillage devient plus grossier lors de la surélévation du logis au XIIIe s.. Photo : Christophe Colrat
Vue extérieure du mur ouest : sur les 2 premiers niveaux, le parement est homogène sur toute la hauteur. L'appareillage devient plus grossier lors de la surélévation du logis au XIIIe s.. Photo : Christophe Colrat
Localisation du logis n°11 du Petit Montferrand. D'après Thomas Robardet-Caffin
Localisation du logis n°11 du Petit Montferrand. D'après Thomas Robardet-Caffin

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