Pierre Fenouillet
Comte de Melgueil et de Montferrand, évêque de Montpellier de 1608 à 1652
Prédicateur de talent, ami de Saint François de Sales, Pierre Fenouillet défend avec courage la religion catholique dans la tourmente des guerres de religion : il n’hésite pas à diriger lui-même la défense du château de Montferrand lors du siège de 1622. Figure de la reconquête catholique, il fait preuve d’une grande force de caractère dans ces temps troublés mais son intransigeance finit par l’entraîner dans de violentes querelles avec ses propres chanoines : certains goûteront même à l’inconfort des cellules du château…
Un brillant orateur
Pierre Fenouillet (Fenoillet) nait vers 1572 à Annecy dans une famille modeste. Après des études à Tournon et Avignon, il devient docteur en théologie et embrasse l'état ecclésiastique. Saint François de Sales, évêque de Genève, le nomme alors chanoine de sa cathédrale.
Orateur de talent, il est invité à prêcher le Carême à la cour d’Henri IV qui le retient à Paris en le nommant son prédicateur ordinaire. Ses oraisons funèbres remportent un tel succès qu’elles sont imprimées dès 1608 : il sera l’auteur de celles de Henri IV (1610), de Louis XIII (1643) et de plusieurs personnages de la Cour.
L'évêque se distingue aussi dans de brillantes joutes oratoires. En mars 1624, il participe à une conférence théologique face au pasteur Jean Bansilion : ce type de controverse publique, très en vogue à l’époque, oppose religieux et ministres sur les principaux points de la foi catholique et réformée. Sans grand espoir de réconciliation. Cette rencontre fait l’objet d’une publication restée célèbre : "Conférence tenue en la ville de Montpellier, au mois de mars 1624 entre M. Pierre de Fenouillet évêque de Montpellier et M. Jean Bansilion, ministre à Aigues-Mortes, touchant le canon des Saintes Écritures, les corruptions de la version vulgaire de l’Église romaine et le culte des images" (lire le document sur Tolosana).
Dans la tourmente religieuse
L’évangélisation du diocèse
Pierre Fenouillet est âgé de 35 ans quand il est nommé par le roi évêque de Montpellier à la mort de son prédécesseur Jean Garnier.
Dès son arrivée, il se met en devoir de rétablir la foi catholique avec fermeté dans une ville largement acquise à la Réforme. Près de la porte des Carmes, il achète un vaste emplacement appelé le Grand-Jardin pour y faire bâtir un couvent de Capucins, malgré l’hostilité des protestants. Il décide d’y planter une croix pour marquer l’événement : mais la procession est accueillie par une double haie de soldats huguenots armés de mousquets et d'arquebuses. Il en faut plus pour effrayer l’évêque qui, malgré les tirs de sommation, fait enfoncer la barricade et planter la croix : personne n’osera y toucher.
Il rappelle aussi les ordres franciscains, dominicains, carmes et trinitaires autrefois chassés de leurs couvents, établit des missions dans les campagnes et parvient, par son éloquence et une conduite exemplaire, à faire rentrer dans le sein de l'Église de nombreuses brebis égarées.
Fenouillet joue aussi un rôle important dans l'installation à Montpellier d'une congrégation d'Ursulines vouée à l'éducation des jeunes filles pauvres et au soin des malades et nécessiteux. L’ordre s’installe en 1641 dans le couvent construit dans le quartier de la rue Sainte-Ursule.
L’évêque défend Montferrand
Fenouillet s’efforce aussi de rentrer en possession des biens et droits ecclésiastiques usurpés par les protestants mais les mécontentements éclatent.
Le 21 avril 1621, la ville de Montpellier ferme ses portes et se révolte contre le roi. On supprime le culte catholique, on pille et on saccage toutes les églises et les couvents : l'évêque trouve refuge au château de Montferrand, entouré de 60 arquebusiers.
Les travaux de fortification du château, entrepris quelques années plus tôt, sont loin d’être achevés. Faute de temps et de moyens !), on improvise une fortification d’urgence : on remblaie les anciennes écuries transformées en plateforme d’artillerie, on improvise des parapets sur les murs inachevés, on installe des gabions de fortune sur les remparts médiévaux hors d’âge…
Au printemps 1622, les troupes protestantes du duc de Rohan assiègent Montferrand. Malgré un système de défense inabouti, le château bénéficie d’une position dominante et d’une solide artillerie : l’assaillant, à découvert, est dans l’incapacité de disposer ses batteries de canons. Les protestants essuient un tir nourri de boulets de fer. Après seulement 3 jours de siège, ils se retirent.
Le projet avorté de cathédrale
Dès la reddition de Montpellier en octobre 1622, Pierre Fenouillet s’attache à faire revenir le clergé catholique dans la ville et à y rétablir les lieux de culte. Toutes les églises étant détruites, il projette d’édifier une nouvelle cathédrale à l’emplacement de l’actuelle place de la Canourgue, point le plus élevé de la ville, là où se dressait au XIIe siècle le palais des Guilhem.
L’ambitieux projet est confié à l’architecte Pierre Levesville qui s’est notamment illustré dans la restauration de la cathédrale Saint-Étienne de Toulouse. Celui-ci imagine un ouvrage monumental, coiffé d’une coupole culminant à quarante-quatre mètres au-dessus du sol, pour affirmer la reconquête de la ville par le pape et le roi de France. Mais en 1629, à peine les premiers soubassements achevés, et malgré d’énormes sommes déjà engagées, les travaux sont brutalement interrompus par le cardinal de Richelieu lui-même, qui opte pour la restauration de l’ancienne cathédrale.
Une parentèle trop encombrante ?
Dès sa nomination à Montpellier, Fenouillet a accueilli plusieurs de ses parents qui trouvent auprès de lui aide et protection : à la suite de son mariage avec Suzanne de Gruffy, son cousin Michel, seigneur de Barraux, obtient de Louis XIII l’autorisation de s’établir en France, d’y résider, d’y acquérir des immeubles et de les transmettre à ses successeurs. Il sera bientôt nommé viguier général du domaine temporel de l’évêché par Fenouillet et administrateur du château de Montferrand, que le roi a rendu à l’évêque le 16 juillet 1611 à la suite d'un conflit avec l'ancien châtelain.
Puis c’est au tour de Pierre et Jeanne (Perrine) Fenouillet, enfants de son cousin François, mais désignés comme ses neveu et nièce, de rejoindre l’évêque. Ordonné prêtre et naturalisé, Pierre devient chanoine de la cathédrale de Montpellier en 1632. Sa s½ur Jeanne épouse Jacques de Valat, maître de camp dans les armées du roi, nommé en 1622 gouverneur du château de Montferrand et secrétaire de l’évêque. Le frère de ce dernier, Pierre de Valat, est désigné par l’évêque "responsable de la recepte et maniement des deniers destinés au financement de la [future] cathédrale"…
Cet "altruisme" familial a-t-elle joué des tours à l’évêque ? C’est, semble-t-il, l’une des raisons de l’abandon du projet de construction de la cathédrale, dont les premières dépenses, gérées par ses proches, paraissent difficilement justifiables. Cela expliquerait aussi que le cardinal de Richelieu soit intervenu en personne pour régler la situation, soucieux d’étouffer un nouveau scandale pour l’Église catholique, fragilisée par les guerres civiles, mais aussi de protéger la réputation d’un évêque exemplaire mais aveuglé par sa bonté…
La querelle des vicaires
Vers la fin de sa vie, l’évêque voit ses relations avec le chapitre de Montpellier se dégrader, notamment à propos du mode de désignation des curés dans le diocèse : les procès se succèdent et la mésentente prend un tour parfois violent.
Au XVIIe siècle, le diocèse de Montpellier voit se côtoyer deux profils de curés : les vicaires perpétuels, nommés par l’évêque et bénéficiaires de revenus fixes, et les prêtres amovibles, renouvelés chaque année, qui ne perçoivent que la portion congrue de la dîme. Ces derniers, pauvres, inconstants, souvent peu instruits, représentent un tiers des officiants. Leur candidature, qui peut être proposée par les chanoines, doit recevoir l’approbation de l’évêque. Soucieux de restaurer la doctrine, Pierre Fenouillet souhaite voir disparaître ceux qu’il qualifie de "mercenaires à gages". Il les accuse de mal tenir les registres, de méconnaître les sacrements et de voler les ornements de l’Église. Il souhaite les remplacer par des "bénéficiers" formés et encadrés, plus aptes selon lui à servir la Réforme catholique.
Vers 1650, Fenouillet refuse de nombreuses candidatures de prêtres amovibles, provoquant la colère des chanoines jaloux de leurs prérogatives. Procès après procès, les relations s’enveniment au point que l’évêque finit par recourir à la force : il fait enlever par des hommes armés le chanoine Trial, venu distribuer à Villeneuve-lès-Maguelone l'aumône annuelle du chapitre, et le fait emprisonner pendant trente-neuf jours au château de Montferrand. Puis c’est au tour du prêtre Bascou, qui n'a pourtant pas voix au chapitre, d’être détenu à Montferrand pendant sept semaines. Les chanoines n’osent plus sortir seuls de peur d’être emprisonnés : ils finissent par engager une troupe de 20 hommes armés pour protéger leurs déplacements !
A l’issue d’un nouveau procès qui donne raison au chapitre, l’évêque se rend à Paris pour plaider sa cause auprès du Conseil d’État. Il y meurt le 21 novembre 1652 et son corps est porté dans l’église de Saint-Eustache. Son c½ur, selon ses dernières volontés, est transféré au couvent de la Visitation à Montpellier dont il avait ordonné la construction en 1631 : situé rue de l’Université, l’édifice est aujourd’hui intégré à la Faculté de Droit et Science politique.
Par sa force de caractère et son engagement, Pierre Fenouillet incarne la figure de "l'évêque providentiel" soucieux de restaurer la foi catholique et de venir en aide aux plus démunis, dans un territoire meurtri par près d'un siècle de guerre civile.





