Jacques de Valat
Héros du siège de Montpellier et dernier châtelain de Montferrand
Noble et valeureux capitaine, Jacques de Valat est le dernier châtelain de Montferrand. Capitaine dans l'armée du roi, il se distingue particulièrement lors du siège de Montpellier en 1622. Ses exploits lui valent d'être promu mestre de camp par Louis XIII, de devenir le protégé de l'évêque Pierre de Fenouillet et d'être nommé gouverneur à vie, le dernier, du château de Montferrand.
Une ascension fulgurante
Jacques de Valat est l’arrière-petit-fils de Fulcrand de Valat, seigneur de Lespignan aux portes de Béziers. Son père, Bertrand, a épousé Claude de la Combe le 17 décembre 1586. Issu d’une branche cadette de la famille, Jacques n’est pas favorisé pour la seigneurie de Lespignan : c’est en simple écuyer qu’il s’engage dans l’armée royale et y conquiert ses galons en combattant.
C’est au cours du siège de Montpellier en 1622 que son destin bascule : il est alors capitaine à la tête de 100 fantassins. Sa bravoure au cours de la prise de la ville lui vaut d’être récompensé par Louis XIII qui le nomme maître de camp. Il s’attire aussi l’amitié de l’évêque Mgr de Fenouillet qui ne tarde pas à lui accorder la main de sa nièce, de préférence à de meilleurs partis qui se présentent. Enfin, il est nommé conjointement par le roi et par l’évêque châtelain à vie du château de Montferrand.
Mariage et descendance
Le "neveu" par alliance de l'évêque
Ainsi, le 28 avril 1624, il épouse Jeanne, dite "Perrine", Fenouillet, fille de François Fenouillet, cousin du père de l’évêque, mais souvent présentée comme la nièce de ce dernier.
Le mariage a lieu avec le consentement de Pierre de Fenouillet, "évêque de Montpellier, conseiller du roi et son prédicateur ordinaire, comte de Mauguio et de Montferrand et marquis de la Marquerose, oncle de l’épouse", et des sieurs Pierre Fenouillet, écuyer, son cousin, Jacquelin Garin, écuyer, son beau-frère, et Pierre du Pré, écuyer, son cousin, tous d’Annecy.
Dans le contrat de mariage, l’évêque donne à Perrine la somme de 7 000 livres en 4 annuités et au futur époux 12 000 livres en récompense de services rendus. Le prélat reconnait que ce dernier a loyalement géré et administré ses affaires depuis plusieurs années et promet de ne plus rien lui demander après le règlement de cette somme. L’acte est établi au château de Montalet par M° Fages notaire de Montpellier.
Le couple a 6 enfants :
- Constance, mariée le 20 janvier 1645 à Blaise de Roquefeuil, capitaine de cavalerie, baron de Londres, vicomte de la Rode, seigneur de Cournonsec, la Tour, Lauret, Rouet, Ferrières et Travet
- Pierre, dit Monsieur de Saint Roman, capitaine d'infanterie au Régiment royal, seigneur de Saint Roman-de-Codières, de Montalet du Sauzet, marié le 3 octobre 1665 à Catherine d’Haudessens. Il sera l’héritier universel de l’évêque Pierre de Fenouillet.
- Louise Angélique (1628-1696), visitandine : maîtresse des novices, chargée de l’économat, elle est élue supérieure de 1670 à 1676, de 1683 à 1689 puis en 1695. Elle meurt à l’âge de 68 ans, dont 52 de profession.
- François, colonel d’un régiment de dragons, seigneur de Montalet, chevalier de Saint-Nazaire
- Etienne, prieur de Valleraugue, abbé de Cherbourg
- Dorothée, mariée le 2 janvier 1666 à Louis de la Croix, trésorier général de France à Montpellier, seigneur de Sueilhes
Une noblesse en question
Désigné dans les actes notariés de 1628 et 1629 par le titre de "sieur Jacques Valat, écuyer gouverneur pour le roi au château de Montferrand", Valat apparaît en 1653 sous le titre de "noble Jacques de Valat, seigneur de Saint-Roman" dans les minutes des notaires, vraisemblablement après le rachat de la seigneurie de Saint-Roman-de-Codières, qui relève de la baronnie de Sauve.
Condamné comme usurpateur de noblesse par un jugement de forclusion, son fils Pierre se pourvoit devant le Conseil du roi et obtient, le 28 avril 1671, un arrêt de maintenue qui établit sa filiation avec Fulcrand de Valat, seigneur de Lespignan. La référence à Saint-Roman n’est pas mentionnée.
Héritage
A sa mort en 1652, l’évêque Pierre de Fenouillet désigne Pierre de Valat, le fils aîné de Jacques, comme son héritier universel : il lègue en outre à sa nièce Perrine 20 000 livres ainsi que les revenus de son château du Rouquet à Saint-Gély-du-Fesc.
Au nom de son fils, héritier de l’évêque sous bénéfice d’inventaire, Jacques de Valat passe un accord avec le chapitre cathédral le 15 juillet 1654 aux termes duquel il reçoit la crosse, la mitre et l’anneau d’or du prélat avec une somme de 2 000 livres.
Jacques de Valat meurt en 1659 : il est inhumé dans l’église des Dominicains, aujourd’hui de Saint-Mathieu, à Montpellier, où il possède une chapelle contre le maître-hôtel. Alexandre Germain précise : "On ne la lui fit payer que 150 livres, eu égard aux services qu’on attendait de lui, en sa qualité de neveu par alliance de l’évêque de Montpellier. Elle s’appela chapelle des Rois, et elle se distinguait alors par une élégance choisie. Non seulement M. de Valat y fit son tombeau, mais il y fonda, par son testament du 23 août 1659, moyennant une pension annuelle de quinze livres, trois messes à perpétuité".*
* Germain, Alexandre : "Le Couvent des Dominicains de Montpellier", extrait de Mémoires de la Société archéologique de Montpellier, T2 (94 p, imp. J. Martel aîné, 1856).
Le puissant châtelain de Montferrand
Parmi les nombreux officiers chargés d’administrer le comté, de gérer ses biens ou de rendre la justice au nom de l’évêque, les deux plus importants sont le juge de la temporalité et le châtelain de Montferrand : ainsi, Jacques de Valat administre une juridiction qui s’étend aux cantons actuels de Ganges, Les Matelles, Saint-Martin-de-Londres et une partie de celui de Castries.
Au cours des années 1628-1629, Valat afferme un de ses moulins "bladiers" sur l’Hérault à Saint-Bauzille-de-Putois, reçoit en qualité de procureur de l’évêque les biens confisqués par le roi à Jean de Causse, de Sumène pour crime de rébellion et achète au nom de l’évêque plusieurs terrains à Saint-Jean-de-Cuculles.
Un acte de 22 décembre 1632, établi par Antoine Fages notaire, montre qu’il arrête ses comptes avec son frère Pierre de Valat, marchand de Montpellier.
En 1637, il commande près de 300 hommes à pied.
Un "valat" qui inspire
Jacques de Valat a été l’ami et le protecteur du poète et libre penseur montpelliérain Isaac Despuech (1567-1642), plus connu sous le surnom de Daniel Le Sage. Lorsque celui-ci publie son recueil Les Folies du sieur Le Sage en 1636, c'est au gouverneur de Montferrand qu'il le dédie : "Ceux qui ne savent pas les obligations que je vous ai et le plaisir que vous prenez à voir les productions de mon esprit, se pourront figurer que j’abuse de votre nom avec trop de liberté, en le faisant protecteur de mes folies".
Parmi les nombreux personnages de la bonne société montpelliéraine de l’époque évoqués dans son ½uvre, Despuech consacre plusieurs poèmes en occitan à Moussur Valat, comme ce sonnet :
A Moussur Valat,
Sounet
A ici n’es pas question de bosses ni de prados,
De Parnasso lou moun ni mai dau païs plat,
Moun intentioun noun és qu’à parla d’un Valat,
Dount decoulo la fon de las musos sacrados.
Musos qu’aquel Valat a tout-à-fait charmados,
Valat, non, mai quicon que fourtuno à coumblat
D’un meritant bonheur et de felicitat,
Sus que tourno lou ciel sas pus cheros oeillados.
S’aquel tant gran Prelat que n’a pas soun pareil
Aimo et s’es alliat d’un home coumo aquel
Et per merita et per li estre tout souple.
Alexandre lou Grand aimavo Ephestioun,
Moussur de Mounpelié d’uno douço affectioun,
Aimo, vei et cheris Moussur Valat au double.
A Monsieur Valat,
Sonnet
Ici point n’est question de bois ou de prairies,
De Parnasse le Mont ni de pays bas,
Mon intention est d’un parler d’un valat*
D’où coule la fontaine des muses sacrées.
Muses que ce Valat a en réalité charmées,
Valat, non, mais quelqu’un que la fortune a comblé
D’un bonheur mérité et de félicité,
Vers qui le ciel a tourné ses plus chères ½illades.
Si ce grand prélat qui n’a pas son pareil
L’aime et s’est fait un allié d’un tel homme,
C’est pour son grand mérite et sa docilité.
Alexandre le Grand aimait Héphaestion,
Monsieur de Montpellier, d’une douce affection,
Aime, voit et chérit Monsieur Valat au double.
* Jeu de mot avec ravin, gorge





